Le premier club de coureurs

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Fin 19e à Paris, c’est le début du pédestrianisme, quelques jeunes gens, à la tête desquels se trouvaient un Anglais, M. Gerling, Alphonse Blondel, fort connu dans le monde artistique (pianos Blondel), et Gabriel Ferrand, un athlète de la première heure, fondèrent le « Club des Coureurs ». Leur première réunion eut lieu au Cours-la-Reine le 20 avril 1875.

Le Club des Coureurs précédait le Racing Club de France, créé en 1882 et le Stade Français en 1883.

Le Club des Coureurs avait un président, un vice-président, un trésorier, un secrétaire (Henri Weil), de plus il publiait un journal autographié : le Starter, qui donnait le programme des courses et des pronostics. Exemple : Dans le prix de l’Horloge, distance 200 mètres, Thunda et Moqueur se disputeront la première place. Dans le prix de l’Espérance, craindre Saumur comme outsider et se méfier de Moqueur à l’arrivée.

Les membres du club étaient «  tous des jeunes gens de bonne famille, parmi lesquels il y avait des négociants sérieux » Ils couraient sous des noms de chevaux connus : Boïard, No-luck, Camballo, Moqueur, Arsinoé, etc…Les prix étaient en espèces.

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Pour être admis au Club des Coureurs, il faut être présenté par deux de ses membres, verser 10 francs à l’inscription et payer une cotisation annuelle de 36 francs. Il y a douze réunions par an, dans chacune, trois prix seront courus. Tous les membres du club sont tenus de s’engager au moins quatre fois dans les différentes courses de l’année. Une fois par an les membres de club se réuniront pour un grand banquet, dont la caisse supportera tous les frais.

Gabriel Ferrand, un des fondateurs, était un brave parmi les braves, un fanatique parmi les plus convaincus comme titrait alors le Sport Universel Illustré.

Né à Paris le 14 décembre 1855, ses débuts sportifs ne furent pas banals. C’est pendant le siège de Paris en 1870, qu’il les fit, à l’âge de 15 ans, sur un bicycle en bois, tandis que dans l’air, tonnait le canon..

Mais athlète dans l’âme, il ne s’en tint pas seulement au vélocipède, il s’essaya également dans l’athlètisme et fut un coureur à pied de réel mérite.

Chassé par l’administration du Cours-la-Reine, où ils avaient l’habitude de se réunir, (entre la Place de la Concorde et la place du Canada), les adeptes de la course se réfugièrent aux Invalides, mais là aussi, les débuts furent difficiles, c’est le moins que l’on puisse dire. Le 28 juillet 1875 ; le Club des Coureurs se propose d’organiser un stepple-chase en soirée sur l’esplanade des Invalides. Faute d’autorisation, la police avait mis obstacle à ce projet, pourtant, il s’agissait de véritables compétitions et dans toutes les règles ; des coureurs, un starter, un juge à l’arrivée, mais encore, des paris et des poules. C’est cette dernière partie du programme qui avait éveillé l’attention de la Préfecture de Police.

A 19 heures les concurrents se sont présentés sur le champ de courses choisi par eux, munis de brassards, de piquets qu’ils s’apprêtaient à ficher en terre pour délimiter le parcours etc..Un public nombreux était venu pour suivre ce steeple-chase nouveau pour lui, quand une forte escouade de gardiens de la paix s’est présentée et a intimé à tout le monde l’ordre de se retirer…Fort déconfis, les coureurs se sont dirigés vers la place de la Concorde, mais se ravisant ils ont pris la direction du Bois de Boulogne et c’est finalement là, au Pré Catelan que les coureurs prirent l’habitude de se réunir dès 1876.

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Cependant à la fin de l’année 1875, deux épreuves furent organisées au Champ de Mars. La première le 28 novembre, avenue de la Bourdonnaye :

« Favorisées par un temps exceptionnellement beau pour la saison, ces courses d’un genre nouveau ont été suivies par une foule considérable. La plupart des membres du club des coureurs étaient là,

un ou deux vêtus de la casaque officielle, les autres en simple jaquette, mais tous portaient un brassard aux couleurs adoptées par chacun d’eux.

Critérium d’ouverture, 200 francs, distance 200 mètres, dix engagés, quatre partants, course gagnée par Pas-de-Chance, en 21 secondes. Prix de l’École Militaire, 100 francs, distance 100 mètres, gagné encore par Pas-de-Chance en 9 secondes devant Actéon. Enfin à 15 heures, le Prix Hippomène, 300 francs, distance 500 mètres, Boute-en-Train premier en 100 secondes et demie devant Requin et Actéon. »

Un mois plus tard, le 24 décembre, seconde épreuve devant près de deux mille personnes, et on pouvait établir des paris.

« Les coureurs portent la casaque, quelques-uns y joignent la culotte courte et les bas. Chacun d’eux est désigné sur le programme par le nom d’un cheval célèbre dans les fastes du turf.

A deux heures trois quart a eu lieu la première course, de 300 mètres. Quatre coureurs y ont pris part. Tric-Trac est arrivé premier ; le prix était de 100 francs. La deuxième course pour coureurs n’ayant jamais gagné a été disputée par huit coureurs. Premier : Boute-en-train, casaque bleue, rayée blanc, le prix était de 150 francs. Enfin la troisième course, de 500 mètres, prix 200 francs, a été disputée par cinq coureurs et gagnée par le même Boute-en-train. Les deux coureurs les plus rapides manquaient à cette réunion ; Pas de chance qui est en Espagne, et Boïard, malade.

Le terrain des courses n’est pas encore très bien aménagé, mais le Club des Coureurs va prendre les mesures nécessaires pour que la lice soit entourée de treillage. On établira également une tente pour que les coureurs puissent s’habiller à leur aise, et enfin un glacier de Paris viendra y installer un buffet les jours de courses. » Le Figaro

Gabriel Ferrand prit part à diverses épreuves sous le pseudonyme d’Actéon et eut l’occasion de battre deux fois au Pré Catelan, les athlètes anglais.

Les personnes qui, à cette époque lointaine, s’interressaient au sport pédestre, pouvaient assister aux départs sensationnels des coureurs en mail-coach, (voiture hippomobile tirée par quatre chevaux), devant le restaurant Notta, au coin du faubourg Poissonnière, siège du Club des Coureurs. Ceux-ci, déjà revêtus de leur maillot, se rendaient sur le lieu de la compétition et jetaient sur les grands boulevards une note d’athlétisme bizarre pour l’époque.

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Au même moment, vers 1875, c’est le cyclisme qui sortait de sa léthargie. Gabriel Ferrand, après avoir contribué à la création du premier club de pédestrians, alla un peu plus tard habiter Bordeaux, cette «  Mecque de la pédale française » comme écrivait le journaliste du Sport Universel Illustré, effectivement, le Véloce-Club-Bordelais, était le plus important club cycliste de province.

Ferrand organisa le 23 juin 1889 la première course cycliste d’amateurs sur route en France. La distance était de 100 km, de Bordeaux à Périgueux, route passablement accidentée jusqu’à Libourne. Les quatre cyclistes engagés dans cette épreuve étaient ; Ernest Brarabraham, Gabriel Ferrand, Maurice Martin (journaliste au Vélo), et Henri Sazias. Le premier montait un tricycle de 18 kilos, Martin et Ferrand 23 kilos ! Et Sazias 18 kilos.

L’arrivée se fit dans l’ordre ci-dessus, le premier couvrant les 100 km en 4 h 18 min, battant le record du monde qui appartenait au coureur professionnel Laulan, de Blaye en 4 h 21 min. Gabriel Ferrand et Maurice Martin arrivèrent roue dans roue dans le temps de 4 h 32 min malgré leur machine à roues en caoutchouc plein, et Sazias en 5 h 55 min.

Ce record fit sensation dans le monde sportif.

Le Véloce-Club-Bordelais une fois disparu, Gabriel Ferrand fonda avec Paul Rousseau, directeur du Vélo, Ernest Brarabraham et Maurice Martin, le Cercle des Sports de Bordeaux, s’occupant réellement de toutes les branches sportives.

Gabriel Ferrand

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Contrairement au cyclisme, la course à pied entrait dans la catégorie des Sports Athlétiques, comme ; la marche, les sauts… «  Exercices qui ne demandent d’autres appareils que ceux que la nature a fournis ».

L’orsqu’en 1887 le nom de Sports Athlétiques fit son entrée dans le monde, il effraya les uns et exaspéra les autres. Pour ceux-ci, le mot athlète, athlétique et athlétisme soulevaient en eux des souvenirs de cirque et d’acrobatie ; pour ceux-là, le mot sport était synonyme de courses de chevaux, de paris et de bookmakers. Ils oubliaient que le mot sport n’est autre qu’un vieux mot français, desport, qui veut dire ébats, distraction, passe-temps…

Le Figaro fut le premier quotidien à ouvrir une rubrique «  résultats de courses à pied » sous la plume de Robert Milton, c’était le 16 février 1885.

« Prix du Carnaval : Steeple-chase handicap, 1000 mètres- 1er A. Duval. 2e A. Breittmayer- 3 partants. Prix des Cendres : C.P Handicap 300 mètres- 1er H. Chevalier. 2e A. Breittmayer. 3e Lamblot- huit partatnts. Prix la Veine– Steeple-chase hors série, 500 mètres- 1er A. Duval- quatre partants.  Prix de la Méditérrannée- C. P. Handicap, 100 mètres- 1er A. Breittmayer. 2e G. Raymond. 3e C. N. Cook- huit partants ».

Mais c’est à la Réunion que fut sans doute organisée la première course à pied sur le territoire français. Le 9 octobre 1850, la Feuille hebdomadaire de l’Île de la Réunion fait état d’une course disputée sur l’hippodrome de La Redoute. Cette course était prématurée, elle renaîtra seulement en 1876.

En Bretagne aussi vers 1860

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Thierry Lefeuvre

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