Paris-Bruxelles 1909

Edouard Cibot vainqueur de Paris-Bruxelles 1909

Depuis la première course à pied longue distance, Paris-Belfort en 1892, chaque année ou presque, les coureurs avaient quelques compétitions à se mettre sous la semelle : Paris-Le Havre et retour (1894), Paris-Roubaix (1898,1899), Paris-Reims (1901), Bordeaux-Paris (1903), Toulouse-Paris (1904), Rouen-Paris (1907,1908,1909). En cette fin d’année 1909 une nouvelle épreuve leur est proposée : Paris-Bruxelles 328 km.

Organisée par le journal Les Sports, l’itinéraire est le suivant :

Paris (Porte Maillot), Saint-Denis 12,300 km, Luzarches 34 km, Ecouen 21,300 km, Chantilly 43,500 km, Pont-Sainte-Maixence 62,800 km, Compiègne 87,300 km, Noyon 110,800 km, Saint Quentin 158,800 km, La Capelle 206,800 km,  Marchiennes 266,800 km, Gosselies 277,800 km, Waterloo 311,600 km, Groenendael 320,100 km, Bruxelles, Tervueren 328,100 km.

E. Coutret (55) Georges Huet (33)
E. Coutret (55) Georges Huet (33)
François Péguet (1) Charles Robert (4)
François Péguet (1) Charles Robert (4)

Course réservée aux professionnels, 58 inscrits, parmi les favoris :

– Édouard Cibot vainqueur de Rouen-Paris 1907 et du marathon de Québec (CAN) en juillet 1909 -Louis Orphée vainqueur des marathons de Boston en avril et de Brighton Beach (USA) en mai 1909 et de Rouen-Paris en septembre – François Péguet vainqueur de Bordeaux-Paris 1903 – Eugène Siméon vainqueur de Rouen-Paris 1908 – Léonce Dechartre vainqueur de Toulouse-Paris 1904.

Les Belges Joseph Van den Kerckhoven, Alexandre Navez, Léon Filée, Jean Verbeeck, l’Italien Giovani Collela, l’Espagnol Francisco Echorri, le Breton Marcel Cahurel de Dinan.

Fauchere (32) Vergaelen (36) Éwertz (10) Besson (5)

Lucien Fauchère (32) J-B Vergaelen (36) Pierre Éwertz (10) Émile Besson (5)

Alfred Bollée (13) Pierre Éwertz (10) Émile Besson (5)S. Sauvegnère (58) Paul Continant (25)
Alfred Bollée (13) Pierre Éwertz (10) Émile Besson (5) S. Sauvegnère (58) Paul Continant (25)

Le départ prévu à midi Porte Maillot est donné à 12h21 ce vendredi 15 octobre 1909 au 32 concurrents. dont 14 Belges. Ont déclaré forfait : Orphée, Siméon, Lafitte, Dechartre…  Peu de monde, quelques centaines de curieux quand même.

«  Le départ devait être donné sur les rails du tramway devant la statue d’Alfred de Musset, mais il fallut décamper et se porter 500 m plus loin, car il était impossible de donner le départ parmi les tramways qui manoeuvraient ! Les dirigeants de l’U.S.F.S.A qui avaient été chargés de cette organisation, ne paraissaient pas convaincus ; la publicité a été nulle, les détails de l’organisation ne sont connus de personne, les organisateurs eux-mêmes les ignorent…Si l’épreuve avait été organisée par des gens du métier, tous les fervents du pédestrianisme auraient été présents et le foule immense.  » L’Auto

Paris-Bruxelles 1909 départ

Charles Robert (4) Gautherot (23) Lazare Chanet (48) Louis Bonino (2)
Charles Robert (4) Gautherot (23) Lazare Chanet (48) Louis Bonino (2)

Les premiers kilomètres sont courus à 15 km/h, le premier groupe arrive à Saint-Denis, 12,300 km, 52 min après le départ avec à sa tête le Belge Van den Kerckhoven. «  Quelle triste route de la Révolle qui conduit à Saint-Ouen, des pavés, des ornières, des tas de gadoues, pas un spectateur ; c’était navrant. Et dire qu’on aurait pu faire un départ Boulevard Maillot et rejoindre Saint-Denis par les quais. Mais les organisateurs n’y avaient pas songé !»

Le rapide belge passe au semi-marathon à Écouen en 1 h 30 min, à Chantilly, 43,500 km en 3 h 23 min et à Creil, 52 km en 4 h 05 min.

Sur les pavés de Luzarches, une petite femme pédale et traine sur son vélo un gros paquet d’effets, ce sont ceux de son mari qui participe à la course, elle le suit jusqu’où ?

A Pont-Sainte-Maixence, 62,800 km, Van den Kerckhoven passe en 5 h 30 min suivi de Cibot 5 h 37 min, Navez 5 h 48 min, Dodin et Garraud 5 h 52 min, Bollée 5 h 52 min…

Cibot s’arrête pour se faire masser durant 20 min et se ravitailler.

La caractéristique de cette première journée est le nombre incalculable de pavés que les coureurs ont arpentés et déjà beaucoup d’entre eux souffrent et sont fatigués. La pluie menace et de temps à autre de légères averses donnent à penser que la nuit ne sera pas agréable à passer sur la route.

Verbeeck, le Belge d’Anvers  : « Je ne saurais plus courir, monsieur sais-tu, j’ai trop mal aux pieds. »

Dans la forêt de Compiègne, Alexandre Navez rejoint Alfred Bollée et le passe, il ratrappe Joseph Van den Kerckhoven qui marchait depuis quelques kilomètres et les deux belges arrivent ensemble au contrôle de Compiègne, 87,300 km. Ils repartent le vendredi soir à 20h21. Ils passent à Janville, 100 km à 21 heures. (8h40 de course) mais peu après Van den Kerckhoven abandonne.

Navez signe à compiegne

Chauny, 128,300 km, samedi matin, heure de passage ; Navez à 2h40, Robert et Cibot à 3h10, Bollée à 3h47, Colella à 6h05, Dodin et Garraud à 6h50, Drussy et Franck à 6h59, Ewertz à 7h01, Continant à 7h30, Huet à 8h45, Fauchere à 9h12, Maince à 9h14……..le 22e et dernier, Verbeek à 13h00 puis fermeture du contrôle.

Saint-Quentin, 158,800 km. Robert et de Parmentier abandonnent, Cibot arrive à 8h05 et repart à 8h36, Bollée à 9h35, puis dans l’ordre : Navez, Colella, Garraud, Drussy, Franck, Ewertz, Continant, Dodin, Fauchère, Maince et Georges Huet le Rouennais à 16 heures. Sont ensuite contrôlés : Filée, Gérard, Schwenke, Coutret et Bovy à 18h55. Le contrôle ferme à 20h15.

Guise, 184,300 km, samedi, Cibot passe à 11h44 et Bollée à 14h06, puis dans l’après midi : Navez, Colella, Franck, Drussy, Garraud et Continant à 19h08. Dodin, Huet, Fauchere, Maince, Ewertz, Bovy à minuit, Gérard, Coutret, et Schwencke 17e à 10h45 le dimanche matin.

Paris-Bruxelles 3 coureurs

Giovani Collela (ITA) (27) François Péguet (1) Alfred Bollée (13)

La Capelle, 206,800 km, samedi après-midi, Cibot passe à 15h15 il a 2 heures et demi d’avance sur Bollée.

Avesnes, 222,800 km, la pluie fait son apparition Cibot passe à 17h34, il se restaure et se fait masser, il repart vers 18h00, Bollée est loin derrière à près de 4 heures. Cibot ne sera pas rejoint, il alterne marche et course alors que son suivant Bollée marche, le 3e Navez est pointé à minuit 55 min le dimanche matin, Colella à 1h55, Garraud à 7h17, Fauchère à 7h38, Drussy et Franck à 7h45, Maince à 8h10, Gérard à 8h31….16e et dernier Schwenke à 17h03. Une enquête est ouverte, Alphonse Bovy (Weerde-Bruxelles) serait monté dans une voiture. Aux 2/3 du parcours il reste 16 coureurs sur 32 partants.

Solre-le-Château, 246,400 km, samedi soir Cibot passe à 20h50, la frontière belge et à quelques kilomètres qu’il franchit sans encombre n’ayant rien à déclarer.

Beaumont, 257 km, plus que 71 km, Cibot s’arrête, il fait nuit noire et il pleut. Il se plaint des pieds, il voudrait dormir un peu, mais se ravise et repart.

Contrôle de Charleroi, chacun s’empresse autour de Cibot qui en profite pour se restaurer et se reposer un peu.

Gosselies, 277,800 km, dimanche matin, six ou sept personnes dans la salle de contrôle, mais il y a de la nourriture pour cent personnes au moins  ! Cibot passe à 5h13, arrêt court, 1° parcequ’il sent l’écurie, 2° parce que la nuit fait place au petit jour palôt mais quand même réconfortant. Cibot n’aime pas les nuits dans ces grandes épreuves sur route. Bollée arrive à 8h26, Navez à midi et demi, Colella à 13h14…..

Waterloo, 311,600 km, Un nom qui résonne mal aux oreilles françaises, Cibot n’a pas le temps d’aller visiter le musée, l’arrivée est proche.

La fin de la course fut triomphale pour Cibot. Un peloton important de cyclistes l’accompagna dès Charleroi, puis un autre groupe à Gosselies et Gemeppe, jusqu’à l’arrivée à Bruxelles où il franchit la ligne au milieu de 200 cyclistes et d’une foule enthousiaste.

Pas de banderole ni d’affiche mais les cyclistes présents ont mené le vainqueur au lieu de contrôle pour la dernière signature qui se situait avenue de Tervueren à l’auberge des Quatre-Bras.

Il arrive à Bruxelles à 12h36 ayant parcouru les 328 km en 48 h 14 min à une moynne de 6,800 km/h. Le vétéran Bollée arrive deuxième dans l’après-midi à 16h07.

arrivée de Cibot

« Peu heureux dans l’organisation de la course et naturellement pas mieux récompensés au point de vue de son succès, les organisateurs ont pourtant trouvé une légère fiche de consolation dans l’accueil plutôt chaleureux que nos braves amis les Belges firent au résistant Cibot. » L. Maertens L’Auto.

cibot vainqueur

Paris-Bruxelles, 15 au 18 octobre 1909, 328 km.

58 inscrits, 32 partants, 12 classés, 5 arrivés hors délai.

1er : 48 h 14 min : Édouard Cibot, 26 ans, Union Athlétique de Paris

2e : 51 h 45 min : Alfred Bollée, 48 ans, Union Athlétique de Stains

3e : 55 h 21 min : Alexandre Navez (Bel), Saint-Gilles Bruxelles

4e : 55 h 46 min : Giovani Collela (ITA), Rome

5e : 69 h 46 min  : Adrien Garraud, E.S du 14e arrondissement Paris

6e : 64 h 46 min : Eugène Drussy, E.S du 14e arrondissement Paris

7e : 69 h 16 min : Georges Huet, E.S Rouennaise

8e : 70 h 46 min : Lucien Fauchère, Paris

9e : 70 h 47 min : Émile Maince, Clichy

10e : 71 h 16 min : Paul Continant, Troyes

11e : 72 h 01 min : Gérard (BEL)

12e : 72 h 11 min : F. Franck (BEL), Deurne

La Vie au Grand Air

Le Sport Universel Illustré

Thierry Lefeuvre

Edouard Cibot (2)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*