Yves Gallot le roi des marcheurs

gallot (1) 1909

Yves-Léon Gallot est né le 30 avril 1863 à Paris, au 62 du boulevard Pigalle dans le 18e arrondissement. L’année suivante le boulevard Pigalle fusionnera avec les boulevards Clichy et des Martyrs et deviendra le boulevard de Clichy.

Au 62 boulevard de Clichy, en mars 1885 ouvrira le café Le Tambourin, en 1887 Van Gogh exposera ses toiles sans aucun succès.

Les parents d’Yves Gallot ; Jean Gallot et Catherine Pépin étaient chaussonniers. Yves avait un frère aîné qui s’engagea dans l’armée de la Loire dès le début de la guerre de 1870, il perdit une jambe durant la bataille du Mans et en mourut, bataille d’Auvours 11 et 12 janvier 1871. La famille Gallot déménagea ensuite rue de Crébillon dans le 6e arrondissement.

Yves Gallot eut, c’est le moins qu’on puisse dire, une enfance difficile :« j’appris à lire le poing sous le nez, à écrire, la canne sur l’échine. Pour la moindre pécadille, j’étais garotté, ligotté, battu comme plâtre ». Il sera même séquestré dans une mansarde, et un hiver après avoir dérobé quelques pruneaux, il fut attaché nu sur une table en marbre pendant une heure. A dix-sept ans après que son père l’eut gifflé devant des amis, il décida de quitter définitivement cet environnement détestable et avec un copain, Paul Prignet, ils prirent le chemin du Havre à pied pour mettre l’océan atlantique entre eux et leurs familles.

Gallot et prignet vers le Havre

Au Havre, ils trouvèrent un embarquement à bord du trois-mâts Le Ceylan à destination de l’Amérique. A peine sorti du port après une manœuvre difficile dont il ne s’était pourtant pas trop mal tiré, Gallot reçu un coup de poing au visage, qui lui rappela ses premières leçons de lecture, Couchon franzos !.. Il s’aperçu bien vite qu’il était tombé sur un équipage allemand !

«  A la moindre négligence, au plus minime accroc dans l’exécution d’un commandement, les coups pleuvaient drûs comme grêle, la garcette remplaçait le souper, avec pour perspective, pendant la nuit, la barre de justice où mes jambes étaient prisent comme dans un étau. » Après 55 jours de mer et de mauvais traitements, Le Ceylan arriva dans la baie de Delaware, c’est alors qu’Yves et Paul eurent vent du complot mené par l’équipage qui consistait à les mettre aux fers en fond de cale pour les empêcher de débarquer et les jeter à la mer une fois Le Ceylan reparti.

Ils mirent alors au point un plan pour s’échapper de ce maudit navire, ils se cachèrent dans la cambuse pendant que les officiers dînaient au carré, non sans avoir préalablement volé un révolver et deux poignards dans la cabine du capitaine, au cas où cela tournerait mal. Au moment opportun, profitant de l’obscurité et de la brume, ils prirent un canot de sauvetage et le mirent à l’eau, dans la débacle il ne trouvèrent qu’un aviron, Yves se mit à godiller vigoureusement. Un coup de feu, puis deux, puis trois, heureusement les Allemands visaient mal ! Les deux compèrent quittèrent leur embarcation pour nager et bien leur en prit, car le canot de sauvetage, troué comme un écumoir, sombra à pic. Au bout d’une heure ils atteignirent un îlot occupé par un vieux fermier qui les accueillit avec bienveillance, en plus il parlait un peu le français ayant vécu au Canada.

fuite à la nage

Après un repos bien mérité il prirent la direction de Philadelphie puis de New York qu’ils atteignirent quatre jours plus tard. Une enseigne en français attira leur attention, c’était la demeure d’un compatriote où ils furent accueillis chaleureusement, assurés d’un gîte et restaurés copieusement en attendant de trouver un emploi.

Le jour même de leur arrivée à New York, Yves Gallot tomba sur une gazette : le Courrier des Etats-Unis où il était relaté ce fait-divers : « Le trois mâts allemand, le Ceylan, venant du Havre est arrivé hier à Philadelphie dans un déplorable état… Son grand mât et son mât d’artimon ont été emportés par la violence de la tempête. Ils ont dans leur chute blessés grièvement le capitaine et son second. Le cuisinier a été tué sur le coup, mais le reste de l’équipage est à peu près sauf. »

Il n’y avait donc que demi mal. Et comme je ne suis pas méchant, cette demi satisfaction me suffit, pensa Gallot.

A New York, Yves Gallot se servit de son aptitude à la marche en livrant des journaux .

Ils quittèrent New York et leur hôte bienveillant, monsieur Lefort, avec quelques économies en poche, mais séparément. Paul Trignet, en sa qualité d’ancien apprenti bijoutier, se fit embaucher à bord d’un transatlantique pour prendre soin de l’argenterie. Il retourna donc en France, alors qu’Yves Gallot, se lança sur le grand chemin de l’inconnu, confiant dans son étoile. Il décida de rejoindre le Canada à pied, son bâton de voyage à la main. «  Je couchais le plus ordinairement à l’auberge de la belle étoile, et je ne dînais pas tous les jours »

Dans l’Ohio, à Wheeling, Yves Gallot trouva un emploi dans une mine de charbon où il resta un mois, il reprit la route en compagnie d’un Belge nommé Van der Marolles, après trois jours de marche ils furent reçu à bras ouverts chez des indiens bucherons, coiffés de chapeaux en feutre, la tribu des chapeaux mous !

Le belge resta dans cette communauté indienne pour ouvrir une taverne « au souvenir du nouveau Palais de Justice de Bruxelles »

Quant à Yves Gallot, profitant d’un instant où Van der Marolles était occupé à remplir des bouteilles, il s’enfonça dans les bois chaussé de mocassins et disparut dans le feuillage de la forêt, se fiant à sa bonne étoile.

Dakota, Texas, Missouri, le chemin des écoliers avant d’arriver au Canada à Winnipeg où Gallot, associé à un métis nommé César Napoléon a tenu un « poste » sur les bords du lac, c’est à dire une boutique où les Indiens venaient à époque fixe échanger leurs fourrures contre des marchandises ordinaires, les affaires étaient prospères et Mme César une très bonne cuisinière !

César Napoléon était un très bon marcheur, comme les Indiens venaient faire leurs achats qu’au printemps, le reste du temps ils le passaient souvent à arpenter les prairies et les forêts immenses de cette région.

Galllot accompagnait également dans ces longues marches son ami Natos-Apiw, « Vieux Soleil », l’un des principaux chefs de la tribu des Pieds-Noirs, il donna même des leçons de français au chef indien, qui le parlait pas mal et l’écrivait un peu.

chef indienau canada

Gallot fit ses adieux à César et sa femme, il décida d’accompagner « Vieux-Soleil » qui se rendait chez son ami « Pied de Corbeau ».

«  Le lendemain, notre flotille gagnait le large, et bientôt, sur les bords du lac immense, notre factorie ne me sembla plus qu’un point à l’horizon. »

Gallot et Natos-Apiw cheminaient à travers les prairies verdoyantes du Manitoba et des forêts luxuriantes du territoire du Nord-Ouest. Ils arrivérent en vue des Montagnes Rocheuses après avoir traversé des villes et des steppes sans ombre. Natos-Apiw, présenta son ami Gallot au chef des Pieds-Noirs : Crawfoot, « Pied de Corbeau » et à toute la tribu qui lui fit une véritable ovation. Pied de Corbeau parlait parfaitement le français, il était très majestueux dans son costume de guerre comme aux temps des aïeuxet très poli avec Gallot.

L’été passa vite en chasses, pêches, en flaneries de toutes sortes, mais l’hiver vient promptement au Canada et on donna à Gallot un habit de trappeur en fourrure de Zibeline, des mocassins en peau de chevreuil et des jambières en poil de porc-épic. Un jour il partit à la chasse avec d’autres membres de la tribu, mais Vieux-Soleil fut victime d’un accident, il reçu une balle dans la tête. Sa mort consterna Yves Gallot, qui eut des doutes sur cet accident et il accusa à juste titre La Poudre, le sorcier qui n’aimait pas Gallot et son ami le chef Natos-Apiw.

Il était temps pour Gallot d’aller voir ailleurs ce qu’il fit accompagné d’un chien qui l’avait pris en amitié.

«  J’ai vécu chez les Indiens tant aux Etats-Unis, qu’au Canada, chez les Gros-Ventres, chez les Gris, chez les Sauteurs, j’ai passé une saison chez les Abinakis de Saint-François du Lac, qui n’étaient que 330, j’ai servi comme valet de ferme chez les Hurons, encore moins nombreux près de Québec, j’ai mené la vie de trappeur avec les Sioux ; j’ai connu les Apaches, Les Osages, les naturels du Public Land. A Des Moines, dans l’Iowa , j’ai été dessinateur chez un architecte nommé Beauregard, ville où le commerce et l’usage de boissons alcoolisées sont sévèrement prohibées, mais mon hôte avait de la bière qu’il se procurait en cachette ! Hélas, dénoncé par sa bonne, le shérif sonna à sa porte durant l’heure du repas et dressa procès-verbal. Mais ce n’était pas tout, durant la nuit on cogna à la porte d’entrée, c’était les White-Caps, les Chapeaux-Blancs, il ne manquait plus que ça ! Le shérif n’avait pas cru bon de fouiller la maison, alors eux ils en avaient le devoir, l’obligation religieuse de le faire à toutes heures du jour ou de la nuit ! Ils avaient carte blanche et ils en usaient pour l’honneur et le bonheur de l’humanité. Le lendemain matin M. Beauregard vit une pancarte accrochée à sa porte avec ces mots : « Si vous ne vous réformez pas d’ici quinze jours, vous devrez quitter la ville, ou vous serez mort et si vous revenez, vous serez pendu. »  signé : White Cap.

Ce panneau était orné d’une tête de mort avec deux tibias croisés.

Les sauvages n’étaient donc pas les Indiens que j’avais cotoyés, et je quittais cette ville dès le soir même en longeant la voie ferrée à pied comme d’habitude  »

Gallot retourna au Canada, mais quand il arriva à Winnipeg, la boutique qu’il avait laissée aux mains de César Napoléon, n’existait plus. Il décida d’aller à Montréal distant d’environ 2300 km, trajet qu’il fit presque exclusivement à pied, en chemin il trouva un emploi pour quelques temps dans une scierie, près de Port-Arthur il séjourna chez les Indiens Sauteurs dont la particularité est de macher la viande avant de la faire cuire ! Après plusieurs étapes il arrivait à Montréal en fête, il s’agissait de l’inauguration du Palais de glace, sur la place Dominion. Il avait une lettre de recommandation pour un compatriote qui lui trouva un emploi comme comptable dans une usine de chaussures, son patron se nommait Bonneau, mais pas si bon que ça ! S’étant absenté faire une course sans prévenir son patron, de retour au bureau, deux agents de police l’attendait et le conduisirent chez le juge où il fut condamné à huit jours de prison pour absentéisme : «  vous vous êtes absenté, vous m’avez donc volé mon temps. C’est comme si vous aviez pris dans ma caisse l’argent d’une demi-heure de votre temps » dit le patron Bonneau.

A sa sortie de prison, Gallot lanca un juron, un agent de police l’entendu et le pria de le suivre chez le shérif, il fut comdamné à huit jours de plus car il est interdit de jurer dans la rue !

S’en était trop ! Ayant ammassé un petit pécule, Yves Gallot décida de rentrer en France et réserva une place sur le premier navire en partance pour la mère patrie. En fait, il avait financé son voyage en défiant quiconque voulait l’affronter à la marche sur les 20, 30, ou 50 tours de la montagne de Montréal.

« Le jour où je m’embarquais pour la France, j’avais acquis une grande endurance à la marche et couvert le joli record de 145 175 kilomètres, accompli en 87 600 heures. »

1892, retour en France pour Yves Gallot, il était parti du Havre en 1881.

Yves Léon Gallot

«  le premier jarret du monde » ou «  le roi des marcheurs «  comme il était surnommé dans la presse, sillonnera l’hexagone du Nord au Sud et d’Est en Ouest, mais aussi la Belgique et l’Algérie, durant plus de vingt-cinq ans, donnant des représentations de marche sur les places des villes qu’il visitait, se produisant régulièrement en Bretagne, région qu’il appréciait particulièrement.

Les marches exhibitions d’Yves Gallot duraient généralement 24 ou 30 heures. Un tronc était posé sur le parcours qu’il empruntait, pour que les spectateurs puissent y déposer leur obole. Il vendait également des cartes postales illustrées retraçant ses exploits, il gagnait sa vie de cette façon, bien qu’il ait été durant une courte période, marchand de vins à St Denis en 1900 et 1901.

Ses débuts en compétition furent modestes, il participa à la première course à pied longue distance organisée en France et en Europe, Paris-Belfort, 496 km, en juin 1892, il termina 183e sur 850 partants et 379 classés.

Cependant ses exhibitions de marche attiraient la foule, les gazettes locales ne manquaient pas de lui faire de la publicité. Il lançait des défis aux marcheurs locaux qui voulaient bien le suivre, mais également aux cavaliers et aux cyclistes.

En 1893, en Belgique il participe aux 30 heures de Bruxelles qu’il remporte et devient champion de Belgique.

En février 1894, à Paris, au Palais des Machines, place du Champ de Mars, est organisé un duel entre Yves Gallot et le capitaine S.F Cody sur 50 heures, Gallot à la marche et Cody à cheval.

Yves Gallot perdra contre le cavalier qui avait deux chevaux à sa disposition, mais il réalisera une bonne performance, Gallot marchait sur une piste intérieure de 468 m et Cody sur la piste extérieure de 560 m.

Après 6 heures de course, Cody avait parcouru 51,664 km et Gallot 42,156 km

12e heure : Cody 90,789 km. Gallot 72,033 km

24e heure : Cody 161,513 km Gallot 137,741 km

30e heure : Cody 193,132 km Gallot 181,279 km

48e heure : Cody 254,242 km Gallot 230,921 km

50e heure : Cody 259,329 km Gallot 246,620 km

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Le capitaine S.F Cody était un cousin du colonel W.F Cody, le célèbre Buffalo Bill.

Yves Gallot prendra sa revanche à Nice en 1897 dans les mêmes conditions, il devancera Cody de 1 km, ayant parcouru 278,200 km en 50 heures.

Cette même année 1894 il se présente dans le journal La Presse : «  J’ai séjourné longtemps en Amérique, j’ai été trappeur, teinturier, mineur, artiste mimique, checheur d’or…bref, je fis cinquante métiers sans réussir à happer fortune. J’ai également séjourné plusieurs années au Canada, chez les Indiens parmi lesquels j’ai vécu et avec lesquels j’ai parcouru des milles et des milles dans les prairies du nord-ouest. D’ailleurs je marche comme les Indiens, et c’est là, le secret de mon endurance. J’estime que nous ne savons pas marcher en France et je voudrai que mes compatriotes profitent de cette méthode indienne, et c’est dans ce but que je vais parcourir 1000 km autour de Paris. »

Ce qu’il fera du 22 août 1894 à 17 h au 02 septembre à 16 h 35.

1000 km en 10 jours 23 heures 35 min, avec fusil sur l’épaule et sac à dos. Parcours effectué sous la surveillance et le contrôle de la Police et du Préfet Lépine qui lui avait dit : « Pas de blague ou je vous fait arrêter ! »

gallot (2) 1900

En 1895, il réalise peut-ête son plus grand exploit ; 62 fois le tour de Paris (39 km) en 31 jours soit 2421 km, s’arrêtant toutes les six heures pour se reposer et se ravitailler, ce qui fait une moyenne quotidienne de 78 km.

Il effectue des périodes militaires, dont l’une à Marseille au 141e Régiment d’Infanterie « Chargé d’aller chercher le courrier du camp de Carpiagne à La Penne, je fis le trajet deux fois aller et retour. Puis de Carpianne à Marseille, deux fois dans la même journée, ce qui me fit 101 km en moins de 24 heures. »

Mars 1896, sur un petit circuit à Levallois-Perret, il défie le Hongrois Wachteil sur 45 jours. Wachteil abandonne au 38e jour après avoir parcouru 1966 km 264 m 50 cm.. Yves Gallot continue jusqu’au terme des 45 jours et totalisera 2398 km 937 m 50 cm.

Mars 1899, à Montpellier, une compétition de 24 heures sur le vélodrome Chaptal, Gallot est battu par le cycliste Caizergues qui a parcouru 22 km de plus que Gallot, qui lui a marché 141 km.

Octobre 1903, Gallot participe à la grande course à pied Bordeaux-Paris, 600 km organisée par Le Monde Sportif. Sur 93 partants il y aura 47 classés, Gallot termine 2e avec un temps de 120 h 03 min 12 s, mais il sera disqualifié pour une raison qu’on ignore.

Yves Gallot 2e de Bordeaux-Paris 1903

La réputation d’endurance de Gallot atteint son apogée, le roi des marcheurs en fait son fonds de commerce, toujours avec son fusil sur l’épaule et un sac à dos, il parcourt la France de long en large.

Août 1904, il est sur la liste des 23 coureurs sélectionnés (sur 200 demandes), pour participer à la plus longue course à pied en ligne sans étapes ; Toulouse-Paris, 737 km. Mais il ne sera pas au départ. Il y aura 17 partants et 9 classés.

1905, Yves Gallot commence une tournée en Bretagne à Rennes, le 20 novembre, il réalise 170 km en 24 heures. Une semaine plus tard, le 27 novembre, il parcourt 110,100 km en 18 heures.

1906, à Brest, en 50 heures il marche 293 km, et le 1er avril à Saint Malo, 130 km en 24 heures.

1909, les 18 et 19 décembre à Paris, Gallot effectue une marche de 30 heures (200 km minimum). Itinéraire : départ au 93 rure de la Roquette où sera installé le contrôle central de jour et de nuit (café-bar Cazeaux) ; rue Popincourt, du Chemin-Vert, boulevard Voltaire et rue de la Roquette. Le photographe de l’agence Rol a immortalisé cet événement.

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Septembre 1911 à Vitré : « Le célèbre marcheur Gallot, qui a parcouru 800 000 km soit vingt fois le tour du monde, exécutera samedi et dimanche une marche de 24 heures soit 170 km… »

Durant la grande guerre, Yves Gallot se distingue en portant secours aux victimes de l’explosion de l’usine d’armement de la rue de Tolbiac à Paris en octobre 1915. Il sera décoré pour sa conduite héroïque.

1921, il marche chaque week-end environ 200 km et va de ville en ville toujours à pied : Chartres, Le Mans, Angers, Nantes, Rennes, Tours…Sa vitesse horaire varie entre 7,3 et 7,8 km.

Octobre 1922, Gallot effectue une de ses fameuses marches place de Bretagne, sa femme qui l’accompagne décède à l’hôtel de la rue St Louis à Rennes où ils étaient descendus. Elle est enterrée au cimetière du Nord.

1923, à l’âge de soixante ans, il est toujours en activité, ainsi qu’en atteste une affiche de la ville de Paris : « les 22 et 23 mai, place des Fêtes, Gallot, le roi des marcheurs, surnommé par la presse française et européenne et le conseil municipal de Paris le champion de la marche, vainqueur de tant de luttes et records gigantesques, exécutera une marche de trente heures. Départ samedi midi ; arrêt dimanche soir à 18 heures. Le marcheur n’est nullement rémunéré. »

Aôut 1926, Gallot, dont on avait annoncé le suicide «  par désespoir d’être contraint au repos  » a prouvé qu’il était bien vivant, en faisant dimanche dernier une marche sur la place de la Mairie à Essonnes. Après avoir accompli environ 100 km, Gallot a annoncé qu’il allait se rendre à Rennes sur la tombe de sa femme qui l’avait suivi pendant plus de vingt-cinq ans dans ses déplacements.

1929, alors qu’il donnait une de ses dernières représentations, une marche de 10 heures à Fougères, Gallot, âgé de 66 ans, décida qu’il était temps de raccrocher, trop vieux pour cet exercice. Il passa une annonce dans le journal L’Ouest-Éclair où il demandait une place de veilleur de nuit.

Yves Gallot à 70 ans

                                           Gallot âgé de 70 ans

1933, il est gardien de nuit à Asnières, il tombe dans un escalier et a le côté gauche à moitié paralysé. Il est hospitalisé à l’asile d’Ivry sur Seine.

En juillet de cette même année il se rend à Rennes et demande à être hébergé dans cette ville pour être plus près de la tombe de sa femme. «  Ah ça m’a fait de la peine d’être complètement abandonné, si vite oublié par les Parisiens qui m’ont fêté dans tant de manifestations sportives…Surtout que je suis Parisien du boulevard Barbès. »

paris soir 1932

Il sera admis chez les Petites Sœurs des Pauvres à l’asile de la Piletière, quelques temps avant de retouner à l’Hospice des Incurables à Ivry sur Seine où il mourut dans la misère le 9 juillet 1936.

– Le 13 juillet 1936, par un temps gris et triste, un bien modeste convoi de six personnes dont son fils montait au petit cimetière d’Ivry, conduisant au champ de repos le vieux père Gallot, « Le Roi des Marcheurs. »

– Henri Desgrange, directeur du journal L’Auto et créateur du Tour de France cycliste disait de lui : «  Il a parcouru plus d’1 million de kilomètres »

– Yves Gallot avait commencé à écrire ses mémoires dans une gazette de Paris : L’Écho du XIIIe, mais le journal est tombé avec le député qui en était le propriétaire.

L’Art de marcher 

De la chaussure :

Je ne connais qu’un chaussure : l’espadrille, pour la préserver de l’humidité et l’imperméabiliser, la goudronner au-dessous et la graisser dessus de suif ainsi que dans ses mondres coutures.

De l’habillement :

Habillez-vous le plus légèrement possible et selon les saisons, le pantalon doit être court et bouclé aux jambes, une casquette ou chapeau de paille pour évité les insolations en été au fond duquel vous aurez mis une feuille de chou.

Des soins hygiéniques :

Après la marche, jamais de douche sur la tête. Pour les pieds ; Acide tonique : 60 grammes. alcool : 1 litre à 90 degrés. Mélangez le tout et passer la veille avec un pinceau sur les pieds aux endroits où vous risquez de vous blesser.

De la nourriture :

Pendant la marche mangez peu à la fois : du bouillon, potage, œufs crus ou à la coque, viande saignante que vous avalez si vous pouvez, très peu de pain, buvez du kola que je prépare moi-même : 40 grammes de kola pulvérisé, 500 grammes d’alcool à 90 degrés. Laissez macérer quatre jours et passer au papier tournesol. Durant la marche, une cuillérée à café dans un demi-verre de vin blanc doux ou sucré.

De la boisson :

Prohibez toute boisson glacée ou trop chaude pendant la marche, pas d’alcool, à l’occasion un doigt de Porto, du thé fort ou du kola ci-dessus.

– L’art de marcher, les conseils pratiques du roi des marcheurs. 1895. Réédition au format de poche. Éditions Payot & Rivages 2013

– Souvenirs du marcheur Gallot, le roi des marcheurs. Paris collection A-L Guyot, 1909 (numérisé  sur Gallica BNF)

Thierry Lefeuvre

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